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Réseaux humains / Réseaux technologiques : 3 ans déjà !

Conclusion

Publié en ligne le 30 août 2006

A la fin du siècle dernier, lorsque le CRDP de Poitou-Charentes et l'OAVUP ont décidé d'organiser ces rencontres Réseaux humains / Réseaux technologiques, leur intention était de favoriser des échanges d'expériences quant aux usages des TIC et de situer celles-ci dans l'évolution culturelle actuelle. Le contexte de l'époque était encombré de toutes sortes de déclarations, ministérielles ou autres. Prophètes de l'accès à la communication universelle et dénonciateurs de cette illusion se succédaient ou s'agressaient dans les tribunes des médias. Dans le même temps les cartons d'ordinateurs se bousculaient dans les entreprises, les administrations, les établissements d'enseignement. Pour quoi faire? Peut-être ne le savait-on pas toujours ! Compte tenu des enjeux sociaux évidents de ce développement des réseaux il semblait urgent de réfléchir à ce qui était en train d'advenir, pas seulement dans le cadre de la formation, mais aussi dans les entreprises et dans les échanges de la vie ordinaire. A partir d'expériences diversifiées, il fallait s'interroger sur la communication humaine qui pouvait se construire à travers ces nouvelles technologies.

Tel est l'objectif poursuivi depuis trois ans lors de ces rencontres poitevines. Sans doute le temps n'est-il pas encore venu de faire une évaluation de ces journées en bonne et due forme. Cependant, il nous a semblé utile de faire un peu le point en reprenant quelques réactions de participants à ces journées, en donnant le point de vue des organisateurs et en envisageant les étapes à venir.

Les réactions retenues n'ont aucune prétention à l'exhaustivité. Exprimées à chaud, le soir des rencontres, elles disent à la fois une certaine satisfaction, des regrets ou des critiques et des questions qui demeurent.

C'est sans doute la réaction la plus spontanée qui est exprimée à propos de ces journées. C'est un constat qui est fait avec satisfaction. «On n'est pas qu'entre enseignants d'une même discipline, il y a des étudiants et des personnes venant des entreprises... » Cette diversité a de fait des effets bénéfiques évidents : elle facilite la prise de parole (il n'y a pas que des pairs), ouvre à des problématiques autres que scolaires, relativise les difficultés rencontrées.

L'alternance de tables rondes en grand groupe et de travaux d'ateliers est appréciée par beaucoup. Lors des débats des tables rondes, ce sont surtout les « spécialistes » qui prennent la parole. « Ils utilisent des mots dont le sens n'est pas toujours évident ou évoquent des théories qu'on ne connaît pas...» «Dans les ateliers, on peut s'expliquer et poser ses vraies questions...».

La présentation d'expériences est quasiment plébiscitée. Plusieurs soulignent volontiers que sans ces expériences ils auraient eu du mal à participer à ces journées. On note cependant que le temps de présentation de ces expériences est insuffisant2: «on n'arrive pas toujours à se représenter ce qui s'est vraiment passé...»

Les tables rondes sont introduites par des prises de parole successives des intervenants. Ces brèves interventions (15/20 minutes) sont perçues comme des conférences par les participants. On les trouve trop compactes, sans doute intéressantes mais pas toujours adaptées à un public de non-spécialistes. Ce n'est pas l'avis de tous puisque certains y trouvent «une nécessaire mise en perspective, enfin l'occasion de réfléchir ».

Lors de ces journées, en aparté ou publiquement, on entend des plaintes du genre « on n'est pas formé, est-ce vraiment utile, ça change quoi ? » Certes, ces journées ne sont pas un lieu d'apprentissage technique mais elles devraient au moins permettre de remettre en perspective le souhaitable, le possible, le faisable.

Contrairement à ce qui vient d'être rapporté, ce qui nous frappe, c'est l'absence de focalisation sur les outils. On dit bien et on insiste sur l'importance de leur maîtrise, mais « là n'est pas l'essentiel ». Si notre perception est juste, cela veut dire que les nouvelles technologies sont situées comme outils et que loin d'être neutres c'est leur usage qui est déterminant : comment sont-elles intégrées ? dans quel projet ?

Dans les milieux de la formation, on évoque souvent la fascination exercée par les TIC qui créeraient de nouvelles dépendances comme si leur seule utilisation devaient avoir des effets quasi automatiques. Ce que nous constatons est différent. Les récits d'expériences concernant l'utilisation des TIC sont l'occasion d'interrogations sur des pratiques anciennes plutôt qu'une fuite en avant triomphale faisant crédit d'emblée aux TIC. On pourrait donner comme exemple les réactions par rapport aux expériences d'enseignement à distance. Les difficultés rencontrées pour mettre en place un véritable enseignement à distance (apport de connaissances, tutorat, etc.) ont suscité des interrogations chez les participants sur la dimension relationnelle, la qualité de la présence dans des situations de face à face. Effet inattendu peut-être mais occasion bien réelle de s'interroger sur une dimension pédagogique essentielle et...traditionnelle. Le «nouveau» interroge l'ancien ! On ne peut donc pas dire que le « tout technologique » soit perçu et envisagé comme « la » solution aux difficultés rencontrées tant pour l'appropriation des connaissances dans le cadre de la formation initiale que de la nécessaire et incessante actualisation des compétences en situation professionnelle.

L'usage des nouvelles technologies (téléphone portable, communication électronique, documentation en ligne, multimédia...) n'étant la propriété exclusive de personne mais tout simplement la pratique du grand nombre, les échanges sont possibles. Même si les contraintes sont différentes d'un milieu à l'autre, celui de la formation initiale et celui des entreprises, des questions de même nature se posent. Que font de nous ces nouveaux outils? Aussi efficaces soient-ils, que peut-on en attendre pour notre vie individuelle et collective? Ces questions et bien d'autres3, tout à fait concrètes, peuvent être inventoriées et travaillées lors de ces rencontres où des thèmes transversaux facilitent la communication en permettant à des expériences diverses de s'exprimer. On peut même penser qu'au moment où les universités développent une politique volontariste de professionnalisation ces rencontres peuvent avoir un effet bénéfique, c'est-à-dire permettre aux différents partenaires de mieux s'identifier.

Trois ans, c'est peu mais c'est assez, dans notre cas, pour constater un certain nombre de déplacements. Au départ nous craignions d'avoir à subir les déclarations des supporters déclarés des TIC et celles de leurs opposants4. Cet affrontement de fantasmes nous a été épargné. Sans doute parce que les participants à ces rencontres, aux prises avec des problèmes prégnants et concrets, sont plus soucieux de comprendre et de traiter des situations que de s'en tenir à quelques a priori idéologiques, aussi respectables soient-ils. D'année en année, leurs observations et questions sont de plus en plus situées. De moins en moins on parle d'enseignement à distance en général, ou de création d'intranet comme s'il fallait satisfaire à ce qu'il convient de faire. Dans les deux cas, analyse des besoins, objectifs, faisabilité constituent la problématique retenue. Les questions qui se posent alors n'ont plus grand chose à voir avec la rhétorique médiatique habituelle. Cette évolution semblera normale à un observateur qui pourra dire qu'après le temps magique de l'innovation technologique il y a celui du temps social de l'appropriation des outils... C'est sans doute vrai historiquement. Il est cependant intéressant de le constater effectivement5.

Tout est joué à l'âge de 3 ans ! Chacun de nous le sait. Les quelques observations rapportées à propos de nos 3 rencontres sont par trop sommaires cependant pour dessiner à partir d'elles seules un quelconque avenir. Il y a trop d'inconnues pour se livrer à des programmations thématiques qui soient fondées. Sommes-nous donc alors condamnés à naviguer au gré de l'air du temps ?

Nos interlocuteurs, les participants à ces rencontres Réseaux ont été clairs : les expériences liées aux TIC nous intéressent à condition que vos propositions ne s'en tiennent pas à des informations sur tel ou tel sujet mais que nous puissions en parler, interroger, échanger. Il y a là une indication opérationnelle qui concerne la démarche à mettre en œuvre. Cette indication peut être perçue comme frustrante car nous sommes plus habitués à des indications de contenus. En fait, on peut y voir une volonté d'appropriation qui suppose l'implication, qui permette l'approfondissement d'une démarche déjà entreprise et pas seulement l'assistance à des «communications». On comprend mieux alors pourquoi c'est la démarche qui est privilégiée et non pas une thématique particulière.

C'est sur cette base d'une problématique plus attentive aux modalités de ces rencontres que nous allons les poursuivre. Les suggestions recueillies nous «imposent» des sujets transversaux permettant des entrées diversifiées pour les participants du réseau (en présentiel ou à distance) qui ont des expériences et des préoccupations se situant légitimement à des niveaux différents. La «matière» comme on disait autrefois, les thématiques comme on dit aujourd'hui ne manquent pas. Pour n'en citer qu'une, déjà abordée lors d'un atelier, il y a la question de notre rapport au temps que nos procédures de communication modifient. Ce sera sans doute une de nos prochaines propositions.

Pour citer cet article :  (2002). "Réseaux humains / Réseaux technologiques : 3 ans déjà !".  Actes des Troisièmes Rencontres Réseaux Humains / Réseaux Technologiques.  Poitiers,  19 mai 2001.  "Documents, Actes et Rapports pour l'Education", CNDP, p. 152-155.

En ligne : http://edel.univ-poitiers.fr/rhrt/document882.php (consulté le 23/05/2017)

Notes

1 Une petite centaine de participants en 1999, 140 en 2001
2 C'est vrai des expériences d'enseignement à distance, cf. Actes II, comme de celles de création d'intranet, cf. supra.
3 Jusqu'à quel niveau la formation initiale aux TIC doit-elle aller ? Qu'est-ce que développer des aptitudes à apprendre tout au long de la vie, avec les TIC ? Qu'attendent des professionnels à tort ou à raison ? Voilà autant de questions qui peuvent s'échanger lors de ces rencontres.
4 Cf. par exemple Pierre LEVY et sa World Philosophie, Odile Jacob, 2000 et Jeremy RIFKIN. L'Âge de l'accès. La révolution de la nouvelle économie, La Découverte, 2000.
5 On trouvera des réflexions intéressantes sur l'innovation technologique dans Les Sens de la Technique de Victor SCARDIGLI, PUF, coll. Sociologie d'aujourd'hui, 1992.
 

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