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Des usages de réseaux interrogés

Introduction

Par Edmond Bizard

Publié en ligne le 28 août 2006

Réseaux humains / Réseaux technologiques. La formulation de ce titre est prudente, réservée, comme s'il s'agissait d'un simple constat. Aucune conjonction de coordination ne vient suggérer la moindre interprétation : on ne sait pas si c'est «et», on ne sait pas si c'est «ou». Les rédacteurs de ce titre ont pudiquement utilisé cette barre que l'on voit presque partout, entre autres dans les adresses électroniques. Alors, s'agit-il de confrontation de ces deux types de réseaux, d'une opposition ? Le titre ne le dit pas ; il reste donc un peu énigmatique. Chacun pourra y projeter un peu de ses propres attentes. Certains y reconnaîtront la trace d'une interrogation récurrente à propos de l'incessante transformation des technologies. Comment l'ancien et le nouveau vont-ils aller ensemble, se demande-t-on souvent ? Comme à d'autres époques, à propos d'autres sujets, une ligne de partage se manifeste : les uns s'inquiètent, les autres se réjouissent. Le dépassement de ces attitudes marquées par des habitudes culturelles ne peut sans doute être envisagé que par la prise en compte informée et raisonnée de l'ensemble des aspirations et des besoins qui travaillent notre société.

Dans un premier temps, Marc Guillaume, qui est professeur d'économie à l'université Paris Dauphine, situe ces différents réseaux, leurs spécificités, leurs fonctionnements, leurs effets et ce qu'on peut en attendre. Fresque d'ensemble, la typologie proposée permet à la fois d'identifier des usages, de les articuler et d'interroger nos représentations, nos évaluations.

À des titres divers : privé, professionnel, institutionnel, beaucoup d'entre nous ont la pratique habituelle des réseaux. Quelques-uns de ces usages sont ici au centre de la problématique retenue : aborder les réseaux par ce qu'ils permettent, par ce qu'ils produisent. D'où les trois expériences qui sont présentées : celle du collège de Couhé dont André Bernard est un des acteurs, les nombreuses années de formation à distance de la société Bull avec Bernard Bruneau et les premiers pas de Télérama.fr, ses forums et son site, avec son fondateur, Gérard Pangon.

Ce sont les usages qui sont l'entrée privilégiée dans cette analyse des réseaux. Que se passe-t-il à travers ces usages ? S'agit-il d'information, de communication ? Qu'est-ce que ces usages construisent, en termes d'acquisition de savoirs ou de lien social ? Peuvent-ils être plus que des pratiques organisées, des lieux d'exercices ? Quels sont leurs effets et quelles logiques induisent-ils ?

Le registre des premiers échanges est marqué par ces usages : ce qui existe, le possible, comment ces usages irriguent-ils nos territoires relationnels, culturels, nos manières d'apprendre et d'enseigner. Au cours du débat, des informations réciproques sont partagées. Présence, absence, relations, suivi, personnalisation, ces mots ou leurs synonymes reviennent souvent. Les pratiques anciennes trop immédiatement transférées ne résistent pas au voyage. Les dispositifs imaginés par des enseignants sont parfois détournés. Surprises, bénéfices inattendus ! La place des uns et des autres bouge. Cette évaluation spontanée et foisonnante laisse bien des questions ouvertes. Le temps de nouvelles expériences, une approche plus rigoureuse et plus diversifiée encore permettra, au-delà de cette première identification d'usages, de mieux en préciser l'articulation.

Au centre de tous nos réseaux, il y a, c'est une évidence, Internet. Source, labyrinthe, océan, randonnées multiples, toutes ces images disent quelque chose de juste à propos du réseau des réseaux dont les effets immédiats ne sont pas toujours faciles à cerner. Déclinant quelques-unes des possibilités qu'il offre, de nombreux sites et intranets ne dépassent guère un mimétisme immédiat. On reproduit, en interne, en petit, ce qui existe en grand. Le résultat est souvent décevant : que de sites en trompe l'oeil et d'intranets en forme de simulacres d'échangeurs de ressources ou de convivialité. Manifestement, la construction est inadaptée. Comment dépasser ces balbutiements, ces essais maladroits ? On ne peut s'en tenir à mettre en ligne, «généreusement», ce qui existe ailleurs, et encore moins se contenter d'un simple transfert de l'existant sur des supports papier. Si des internautes viennent sur un intranet, c'est parce qu'ils ont des attentes, des intérêts spécifiques. Un des éléments structurants de ces environnements virtuels est sans nul doute la nature même du public, susceptible de trouver là intérêts et convivialité.

Qu'est-ce que tel public d'internautes vient chercher et qu'est-ce que cela a comme conséquences pour la constitution et l'animation d'un environnement virtuel de communication ? C'est une des questions que traite Jean-François Cerisier. Il souligne à juste titre que l'offre doit être qualifiée, qu'il ne peut s'agir d'un espace documentaire neutre. En quelques mots, il rassemble observations et suggestions précieuses pour les architectes d'intranets et les Webmasters !

À partir de leur expérience de réalisateurs et d'animateurs de site et d'intranet (ici l'oaNet, intranet du DESS Technologies audiovisuelles et informatiques pour l'éducation), Benoît Roques et Franck Chameau confirment, donnent des exemples, voire complètent les repères donnés précédemment. Transparence du dispositif, facilité d'accès, prise en compte du public, c'est-à-dire des internautes susceptibles d'être intéressés, ce sont autant d'éléments qui organisent leur démarche de réalisateurs d'environnements virtuels afin de parvenir à leurs objectifs d'information, de communication, de partage de ressources. Le grand réseau est présent. On y est parfois renvoyé, mais il ne s'agit pas seulement d'un fléchage anonyme : c'est un internaute ami ou inconnu qui fait signe, qui vous invite : allez là-bas, c'est intéressant, j'y ai trouvé... L'intranet de formation qui est présenté, l'oaNet, est encore jeune. Il a besoin d'évoluer. Les débats soulignent l'importance du style, de l'approche spécifique, de la différence.

S'il fallait résumer les conclusions des uns et des autres, sans interprétation excessive, on pourrait retenir un mot : continuons ! À ce souhait, on peut déjà répondre : ce chantier à peine ouvert sera poursuivi. Échanges et débats vont continuer sur nos différents sites et ces expériences diversifiées susciteront une nouvelle rencontre. Le souhait exprimé sera sans doute partagé par les internautes qui ont déjà participé en direct à la rencontre 1999. Des lecteurs de ces pages seront peut-être, eux aussi, tentés de nous rejoindre. Ainsi, progressivement, notre énigme de départ se trouvera dépassée. Partis d'usages de réseaux technologiques, nous en viendrons à un ou des réseaux d'expériences.

Pour citer cet article :  Bizard Edmond (2000). "Des usages de réseaux interrogés".  Actes des Premières Rencontres Réseaux Humains / Réseaux Technologiques.  Poitiers,  26 juin 1999.  "Documents, Actes et Rapports pour l'Education", CNDP, p. 11-12.

En ligne : http://edel.univ-poitiers.fr/rhrt/document850.php (consulté le 25/06/2017)

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  • Edmond Bizard

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