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Le projet Campus Banque Populaire - Risques et apports de la FOAD

Ateliers

Par Eric Hauswirth  et Bertrand Sève

Publié en ligne le 29 août 2006

Préalablement à la phase de développement du projet Campus BP, on est allés voir ce qui se passait aux Etats-Unis. On a constaté qu'il y avait de forts investissements et beaucoup de nouveaux acteurs. On s'attend à une 2ème vague de e-business ; il y a des sociétés qui suppriment leur catalogue de produits de formation classique et ne mettent que des produits en ligne, il y a donc globalement un fort investissement et néanmoins, beaucoup d'erreurs. Une autre constatation qui s'impose est que la distinction formation-information s'estompe, ce qui est lié à la culture américaine ; les étudiants sont sans doute plus autonomes que chez nous, et cela va bouleverser le rôle des acteurs d'aujourd'hui. Cela implique une plus grande responsabilisation de chacun. Dans certains cas, les gens se formeront presque sans qu'on le sache. Néanmoins, les échanges, ça fait partie de la formation. L'autoformation sans échanges, ça ne marche pas.

Enfin, les sessions de formation sont de plus en plus courtes, reviennent fréquemment, en lien avec les problèmes qui apparaissent ponctuellement. Cela fait une approche de la formation assez différente mais on peut penser que certains de ces aspects vont se développer en France. Les préoccupations sont avant tout de soutenir l'intérêt de l'élève car on sait que beaucoup de personnes qui commencent une formation ne vont pas jusqu'à la fin, soit parce qu'elles ont trouvé ce qu'elles cherchaient et elles n'ont pas envie de continuer et aussi, la motivation est plus dure à avoir quand on est tout seul. Alors les réponses trouvées à cela aux Etats-Unis vont dans le sens d'une personnalisation de la page d'accès, avec les photos des gens qui interviennent et ils vont jusqu'à faire de l'analyse transactionnelle dans les logiciels.

La vraie question que l'on retient, c'est qu'à partir de logiciels standards, on ne peut pas faire du sur-mesure, il faut adapter, il faut que le logiciel soit découpable, encore une fois, en tranches de salami, en tranches très fines, pour qu'on puisse après, faire du sur-mesure et de la personnalisation pour chacun. Ça c'est très important, et si on personnalise, ça colle complètement avec le projet de l'élève, qui va être plus motivé. Et si on compare avec la formation traditionnelle, on peut dire que l'élève est plus actif et s'il n'est pas actif, il s'en va, mais il ne dort pas.

Un autre problème qui se pose est celui de la bande passante. Beaucoup d'animations d'écrans ont été supprimées, malgré la technique de streaming, à cause de problèmes de bande passante, et puis surtout, on se repose la question du lien entre les formations web et les formations en présenciel. Pour nous, c'est évident, on ne va pas remplacer les stages actuels par la formation à distance mais ça va être plutôt un complément, et les expériences que nous lançons consistent à ajouter l'autoformation pour vérifier que les gens sont bien au niveau avant un stage par exemple. On enlève des parties du stage et on met à la place deux, trois heures de cours qui remplacent. On le fait à doses homéopathiques. Même si l'outil est assez large, en fait ce ne sont pas de vrais cursus, mais seulement certaines parties de cursus.

De ce qu'on a vu à droite et à gauche, on retient qu'il faut utiliser le multimédia à propos et coordonner les formations à distance et les stages en salle. Il faut aussi valoriser la fonction de tuteur, car le côté affectif est indispensable, et on veut absolument renforcer ce rôle de tuteur et ce n'est pas si évident car on n'a pas aujourd'hui de tuteurs attitrés qui ne fassent que ça, donc il faut que cela soit organisé avec les autres fonctions. On veut aussi s'appuyer fortement sur l'encadrement, et, là, on a une révolution culturelle qui est en train de s'opérer.

L'encadrement, ce sont en général des personnes à fort potentiel technique et commercial, qui ont bien réussi dans cet aspect-là, et qu'on propulse managers alors qu'elles ne sont pas préparées à ça et qui continuent à privilégier les fonctions technico-commerciales, et ne passent pas assez de temps à gérer les compétences de leur équipe.

Et ça, c'est une des premières conséquences de la mise en place de ces outils, au niveau de l'organisation, c'est que les rôles mêmes du management ont changé. Et en répercussion, le rôle de la DRH et notamment des responsables formation a également changé. Il va y avoir une décentralisation des DRH sur le terrain. On va voir comment ça avance suivant les cultures de chaque banque, mais ça, c'est le véritable enjeu pour nous. On va donc expérimenter, mais avec un certain nombre de conditions sur l'organisation et l'accompagnement autour de l'outil, à doses homéopathiques, en faisant attention aux choix techniques, parce que ça change très très vite. Les outils d'aujourd'hui seront bons à jeter dans deux ans. L'essentiel, c'est donc bien le projet du collaborateur.

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En 1996, avec quelques Banques de la place, une participation du Fonds d'Aide Européen à la formation et à l'emploi et le CFPB (Centre de formation du personnel bancaire) nous avions tenté une première expérience de formation à distance. Cette plate-forme de formation à distance nommée " BRP " (Banque de ressources pédagogiques), existe d'ailleurs toujours au CFPB et certaines Banques Populaires la consultent régulièrement. C'est aujourd'hui un portail de formation connu dans le monde bancaire que l'on peut trouver à l'adresse :
http://www.cfpb.fr/demo/brpdemo/index.htm

Il s'agit d'un site internet de formation on line développé par le CFPB protégé par un mot de passe et l'on y accède par un abonnement pré-payé. Cependant une version de démonstration peut vous permettre de cerner la totalité des services offerts par ce site web. Nous avons tenté cette expérience dans le cadre d'un projet européen, avec d'autres établissements bancaires qui ont été associés dans un GIE. De cette première tentative lancée entre 1996 et 1997, nous avons retiré les faits marquants suivants :

  • Les formations par internet sont opérationnelles si l'on y met des moyens adaptés, les apprenants sont plutôt contents de ce qu'ils font, ils préparent même des cours leur permettant d'accéder à des diplômes institutionnels et on les dit très motivés. Nous en retirons les modalités pratiques de fonctionnement qui suivent.

  • Il est important de limiter les séquences d'apprentissage sur un temps assez court, soit une heure trente minutes par séquence de formation (module)

  • Il faut réserver un lieu isolé dans l'agence qui place l'apprenant dans une situation de formation acceptable, sans être dérangé par un coup de téléphone ou une demande impromptue d'un client pressé.

  • Il est indispensable en matière de Téléformation de mettre en place une E-Organisation. L'E-Tuteur va devenir la clef de voûte d'un système d'E-Learning.

Une nouvelle organisation oblige à une adaptation culturelle qui demande du temps et de la préparation.

Télé-former c'est aider les E-Apprenants à se servir des moyens disponibles sur le site de formation et mettre à leur disposition des E-Tuteurs. Le tutorat devient la condition indispensable et le pilier central de tout système de formation en ligne. Mais l'on ne s'improvise pas tuteur à distance du jour au lendemain, cela demande de la préparation et de l'expérience. Rares sont encore aujourd'hui les organisations qui pourront vous définir clairement quel est le bon contexte et comment bien former des professionnels du tutorat en ligne. Seules certaines sociétés spécialisées dans le E-Learning comme par exemple la société Studi.com qui possède un véritable passé ( si le mot " passé " a un sens dans les concepts très récents de la E-Formation !) dans ces nouveaux métiers peuvent vous définir plus précisément les subtilités de ces nouveaux métiers de la formation.

En effet, le tuteur à distance utilise d'autres médias que le formateur classique. La voix, l'intonation les gestes ne sont plus ou pas pertinents puisque l'on utilise de nouveaux supports de communication.

L'E-Tuteur doit savoir jongler avec le micro-ordinateur, le clavier, le langage écrit, les présentations graphiques, le forum électronique, le chat, les transparents Powerpoint, les feuilles html, les web-quizz, les agendas électroniques. Tous ces médias font désormais partie de la nouvelle panoplie du formateur. Accessoirement, la web-Cam peut venir compléter les instruments de la génération hight-tech..

Certaines organisations ou centres de ressources utilisent le son et l'image vidéo. Je pense là aux expériences de certains Greta dans des régions de France peu équipées et dépourvues de centres de formation. Mais pour le moment cette solution n'existe pas dans le Groupe des Banques Populaires.

Le formateur classique, lui, aime et conserve la ressource de la présence physique et du podium le cas échéant. On voit bien par conséquent que l'on ne joue pas sur le même registre et que tout cela doit s'apprendre.

Le problème, c'est qu'en 1996, date du lancement de l'expérience BRP, il n'y avait pratiquement pas de postes reliés à internet dans nos Banques Populaires. Il a fallu, dans le cadre de ce projet européen, louer plus de 200 ordinateurs portables reliés à des modems et les relier à des standards téléphoniques peu ou mal adaptés dans les agences. Cela m'amène à évoquer le cinquième point à retenir de cette expérience.

  • Pour réussir en matière de formation à distance, il faut disposer d'un réseau informatique de distribution adapté à ces nouvelles technologies fortement consommatrices de bande passante et disposer d'un parc de micros ordinateurs multimédias équipés des navigateurs et des plugs-in permettant de répondre à ces nouvelles normes.

Durant cette période 1996 - 1997, c'est, à mon avis, là que nous avons rencontré les plus grandes difficultés. Techniquement parlant, les organisations concernées n'étaient pas du tout préparées à suivre une expérience comme celle de la BRP à grande échelle. En 1996, on parlait d'internet du bout des lèvres et en 1997 Cybernef devenait le premier intranet du Groupe véritablement dédié à un personnel situé dans différents établissements très éloignés géographiquement les uns des autres. Le réseau de distribution informatique du Groupe ne permettait pas de distribuer au protocole IP (Format par paquets internet) des documents essentiellement graphiques en provenance du serveur web du CFPB à destination de nos agences de province. Un serveur web de formation comme celui de la la BRP ou encore de Cybernef utilisait beaucoup trop de données dites graphiques, contrairement aux applications des gros systèmes centraux informatiques, qui sont historiquement utilisés dans les banques pour satisfaire les échanges transactionnels des services bancaires (distributeurs automatiques, virements, etc.). Je résume parfois un peu laconiquement la situation, en expliquant que le réseau informatique bancaire traditionnel utilise de tout petits tuyaux sécurisés à 99 % et que la formation, elle, demande à l'inverse beaucoup moins de contrôle sécuritaire mais nécessite invariablement de gros tuyaux pour optimiser des débits d'information suffisamment fluides pour un apprenant en situation d'apprentissage. Forts de ces premiers essais basés sur une technologie très limitée du type fil de téléphone classique dite RTC et de modems qui plafonnaient à des vitesses maximales de 28.000 bauds, nous en avons conclu que le réseau internet de l'époque ne pouvait fonctionner qu'au niveau des sièges régionaux des banques concernées (alors qu'aujourd'hui la vitesse d'un modem classique approche les 56.000 bauds ou plus si l'on utilise une ligne Numéris -256 Ko- ou encore selon les nouvelles normes ADSL de France Telecom avec environ 2 Megas Octets ). Au-delà de cette limite, l'aventure pouvait s'avérer risquée si nous ne pouvions pas utiliser le réseau informatique Groupe pour ce genre d'application, et de toute manière, face aux problèmes rencontrés, comme le débit trop faible des flux informatiques, les risques d'intrusion sur le réseau, et l'insécurité des transmissions, nous ne possédions pas les moyens d'étendre cette solution. Cette expérience très riche d'information nous faisait donc toucher du doigt les limites du possible, même si elle portait en elle les germes d'une nouvelle donne pour la formation. Il nous fallait attendre une technologie plus éprouvée. C'est pourquoi le système de la BRP n'a pas trouvé à l'époque de débouchés à grande échelle. Aucune Banque ne s'est lancée dans une exploitation industrielle de cette solution, pourtant fort intéressante, faute de moyens disponibles. Bien sûr, certains apprenants se sentaient prêts, surtout parmi les nouveaux recrutés sortis des écoles tout frais émoulus de leur formation, mais les responsables de formation n'étaient pour la plupart pas du tout équipés ni formés aux nouvelles technologies. Culturellement, on peut dire que des progrès restaient à faire en la matière.

En conclusion, il faut retenir que cette première expérience fut extrêmement profitable pour la formation dans le Groupe. Elle fut à l'origine du challenge qu'a constitué Cybernef. Et l'expérience de la BRP a certainement conditionné en partie la réussite actuelle du " bureau sans frontière… "

Après nous être concertés avec Philippe de Ladebat, Directeur de la CNEF (Cellule Nationale Emploi Formation ), de 1984 à 2000, et avec Philippe Pingand, Directeur de la société Quid-Novi, l'idée s'est donc imposée que nous devrions envisager une autre alternative. En attendant que le réseau soit plus développé, si l'on réussissait à équiper et à accompagner les responsables de formation nous ferions déjà un grand pas en direction de l'utilisation des NTIC dans le domaine de la formation. C'est donc en avril 1997 que nous avons lancé le projet Cybernef.

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  • Partager une expérience novatrice avec les responsables de formation qui participeraient à l'expérience dès ses débuts et qui viendraient apprendre avec nous à travailler sur ces nouveaux médias au sein de différents groupes de travail, groupes pilotes et groupes dits techniques.

  • Former, dès 1997, les responsables de formation à utiliser un navigateur, prouver que l'on pouvait aller consulter quotidiennement des ressources pédagogiques en ligne, ou télécharger des documents, envoyer d'un simple clic de souris du courrier à de multiples interlocuteurs. C'était déjà un programme novateur et ambitieux en 1997.

  • Nous donner un certain temps de préparation en diffusant des informations à partir du site Cybernef vers les sièges centraux des Banques Populaires Régionales. Ceci avant que le réseau ne soit ouvert à tous (sièges et agences comprises). Enfin, être capables de répondre aux besoins des différents utilisateurs, nos nouveaux clients en quelque sorte.

  • Utiliser la période des années 1997 - 2000 pour nous préparer au jour J où la télé-formation des 33.000 collaborateurs du Groupe pourrait enfin fonctionner. Il nous fallait attendre 2001 pour trouver des lignes numériques adaptées, ainsi que des services de formation bien équipés et aguerris face aux NTIC.

L'expérience de Cybernef a démarré très rapidement. Cela nous a permis, je le vois bien en intervenant dans d'autres colloques, d'avoir deux à trois ans d'avance sur d'autres grands groupes, qui ont eu par la suite un vrai retard à combler. Malheureusement pour ces entreprises, le retard pris dans ce domaine ne se rattrape pas aussi vite qu'on peut le croire.

Six mois d'internet valaient, disait-on en 1997, déjà deux années informatique et je crois en effet que cela reste bien souvent encore vrai. A la seule différence qu'internet s'introduit de plus en plus dans toutes les applications informatiques nouvellement développées. Tout le monde à présent a compris qu'il fallait développer la communication grâce aux outils du web. Mais voilà il ne suffit pas de le dire pour le faire. Dans un colloque récent, j'ai vu un groupe expliquer qu'il allait développer de la télé-formation et prévoyait de commencer les premières expériences fin 2001-2002 selon les éléments prévus et dans le cahier des charges préparatoire. Mais il était convenu dans un premier temps que les responsables de formation devraient mener toute une politique de communication face à l'état-major et que parallèlement ils devraient faire patienter les futurs utilisateurs prévenus de la mise en route du projet.

Réfléchir longtemps avant de commencer à développer le projet, telle était leur vision des choses à l'époque. A mon avis, ils ont certainement dû changer de tactique, sinon le projet est dépassé à l'heure où je vous parle. A l'époque ils n'avaient en effet rien de construit à montrer, sauf quelques transparents évoquant des généralités que nous partagions tous depuis trois ans déjà dans le club des internautes convaincus. Le projet ne pouvait pas non plus indiquer combien de collaborateurs il fallait former et comment serait le public ou la cible concernée. Ma philosophie en la matière est dictée par trois années d'une expérience menée avec Cybernef qui fait, semble-t-il, référence en matière de site de formation bancaire. L'idée à retenir est qu'il ne faut point engager des démarches trop longuement approfondies. Réfléchir trop longtemps et voilà le démarrage du projet torpillé pour toutes sortes de raisons.

Il faut au contraire agir vite et d'instinct tout en se faisant accompagner et conseiller par des professionnels compétents. C'est dans cet esprit que j'ai demandé l'aide et le conseil du cabinet Quid Novi (http://www.quidnovi.net)

Si vous avez à construire un projet de ce type, venez avec des " billes ", n'attendez pas qu'on les trouve pour vous et surtout n'interrogez pas un groupe de travail pour savoir ce qu'il faut envisager de faire. Bien au contraire, préparez vos idées, assemblez-les sous forme d'une maquette et vendez le projet avec vos idées. C'est une véritable opération de marketing. Proposez vos solutions, maintenez ferme le cap face aux critiques des pessimistes et empaquetez le tout ! C'est après qu'on discute des détails, mais il est essentiel de passer ce cap. Cet avis est partagé par d'autres créateurs de sites spécialisés dans le domaine des sites web RH avec qui j'échange régulièrement dans le cadre d'un club qui a pour nom "Club DRH et intranet".

Réfléchir trop longtemps avant de créer, c'est prendre le risque de se retrouver mort-né avant même d'avoir commencé un début de réalisation. Il me semble qu'à l'inverse, avec les nouvelles technologies, il faut foncer, il faut se jeter à l'eau, il faut commencer des réalisations. On a la fibre créatrice et l'on est audacieux . C'est en réalisant son projet que l'on va tirer des conclusions, apprendre, et finalement, avancer dans le projet. Mieux vaut faire quelques erreurs en cours de développement pour en tirer des réflexes salutaires pour la suite du programme.

Et il vous faudra également savoir dire non, face à différentes propositions si vous estimez qu'elles portent en elles un danger potentiel ou même un intérêt limité. Jugez toujours de l'opportunité de telle ou telle application face au terrain. Optez pour des solutions et des développements peu coûteux, voir jetables. Evitez dans tous les cas "La solution " à tout faire, la plate-forme du fabricant censée répondre à toutes les normes imaginables et à tous vos besoins et à ceux qui ne vous sont même pas nécessaires. Faire et faire vite, pour le reste il faut écouter les bons conseils et s'inspirer des réussites rencontrées par ailleurs, c'est tout.

Fin 1999, forts de notre expérience avec Cybernef, nous nous sommes demandé comment avancer par la suite et comment donner plus d'ampleur au projet. Nous étions donc devenus capables d'apporter de nombreuses ressources aux responsables de formation ; pour aller jusqu'à l'apprenant, il fallait faire un nouveau pas en avant. Il fallait tenir compte du fait que le réseau informatique du Groupe commençait à s'ouvrir. A partir de l'année 2000, nous pouvions commencer à équiper des postes dans les agences. Les responsables de formation pratiquaient internet depuis deux à trois ans déjà dans le cadre de leur travail quotidien.

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Nous avons imaginé avec Philippe de Ladebat, directeur de la CNEF, de constituer un campus virtuel, qui reprendrait un certain nombre de fonctionnalités déjà créées mais qui intégrerait de nouveaux services à destination de futurs apprenants. Ce nouveau site permettrait de former en ligne nos 33.000 apprenants potentiels, de différentes manières. J'ai rédigé et formulé à l'intention de mon patron, dans une note de l'été 1999, un mémento décrivant l'architecture de ce projet d'une université virtuelle. Nous avons rassemblé nos idées autour d'un premier schéma. Dans la foulée, nous avons réalisé aussitôt une maquette qui constituait l'ébauche de ce site portail. Nous avons affiné avec Philippe de Ladebat les différents services que nous pourrions proposer sur cette université virtuelle. Nous lui avons trouvé un nom d'un commun accord, ce serait Campus BP.

Cette première maquette que nous vous présentons aujourd'hui possède différentes fonctionnalités et vise au moins cinq publics différents.

  • Le premier bâtiment est Cybernef, le site dédié aux responsables de formation, présenté ce matin. La cible recouvre un public constitué d'environ 250 collaborateurs responsables de formation, assistants et autres responsables.

  • Un second bâtiment concerne les formateurs occasionnels, c'est-à-dire les chargés de clientèle et directeurs d'agence qui ont aussi dans le cadre de leurs fonctions habituelles un rôle de conseil.
    Ces collaborateurs ajoutent à leur mission journalière un rôle de formation et d'accompagnement. Pour former certains collaborateurs à temps partiel, ils ont parfois besoin de conseils en pédagogie. Dans cet esprit, ils vont utiliser ce site qui contiendra des outils qui existent déjà dans Cybernef ou que l'on peut acheter à l'extérieur. En premier lieu, nous nous appuyons sur Médiabanque, le produit de la société Format Finance. C'est la grande bibliothèque de ressources pédagogiques déjà disponible évoquée dans la présentation de Cybernef. Elle est disponible avec plus de 15.000 ressources pédagogiques actualisées tous les trois mois. Depuis trois ans, ce produit très réussi de la société Format Finance se trouve placé sur Cybernef, dans le but d'aider les responsables de formation à construire des parcours pédagogiques. A tout moment, les formateurs occasionnels peuvent avoir besoin d'expliquer, de donner des renseignements actualisés. Avec Campus BP, nous offrirons à Médiabanque un plus large public ce qui s'avère nécessaire quand on fait un investissement sur un outil de cette envergure. Ces formateurs disposeront sans doute d'autres outils, comme Atout formateur, produit de renforcement de formation de formateurs, Formator, un didacticiel de conseils pédagogiques aux formateurs que nous envisageons d'acheter à la Cegos, Cible formateur qui est un produit d'auto-diagnostic situant le formateur par rapport à 5 grands profils de formateurs, Minerve, qui propose des ressources pédagogiques qui ont trait au crédit, Le Dicoguide de la formation réalisé par le Centre-Inffo. Cet organisme que vous connaissez sans doute, diffuse des données réglementaires et techniques sur la formation, en particulier la célèbre bible des formateurs du CentreInffo se trouve sur le bureau de tous les professionnels.. Nous envisageons de créer des liens vers le serveur du Centre-Inffo, avec qui nous avons déjà signé des accords de partenariat, ou alors nous achèterons la bible en formule prêt à poser sur le serveur. Nous aurons donc là des outils et des ressources permettant à un formateur occasionnel de travailler avec une documentation appropriée et actualisée, ce qui est très important dans le domaine de la Banque qui est très réglementée, et par définition sujette aux évolutions des lois et règlements (exemple la loi fiscale qui vient modifier chaque année un nombre conséquent de chiffres et ratios en tous genres). ·

  • Un troisième bâtiment est dédié aux managers et vise un large public de plus de 4000 personnes. Ce site intégré dans Campus BP va être suivi par une équipe des Ressources Humaines Groupe de la Chambre Syndicale qui forme déjà au management au sein de la C.S.B.P, et dispose de nombreuses ressources existantes. ·

  • Un quatrième bâtiment est plus particulièrement dédié à l'orientation professionnelle, c'est le bâtiment nommé DRINK, la cafétéria que vous voyez sur cette maquette de Campus BP.
    Cette zone " Orientation professionnelle " contiendrait des tests et des auto-diagnostics en ligne, des informations relatives à l'ITB, diplôme d'enseignement bancaire, des outils de bilan de compétence individuels, des liens vers les offres d'emploi internes au Groupe, de manière à aider la mobilité des collaborateurs. Sachant que parfois, comme dans toute grande organisation, il peut y avoir quelques pôles de difficultés parce que nos banques sont autonomes. Il n'est pas toujours facile de transmettre rapidement toutes les offres d'emplois. Certaines sont stratégiques. Certaines Banques peuvent avoir un avantage concurrentiel qui parle fort aux candidats. Il est peut être plus séduisant en effet de proposer un poste dans une banque située dans le sud de la France plutôt qu'à l'extrême nord de nos contrées, même si les deux jobs sont par ailleurs aussi passionnants. Cela fait partie du patrimoine d'un certain nombre de Français qui aiment bien les cieux couleur azur. Des Fiches métiers en cours de réalisation, un chat pour discuter et une rubrique Boîte à idées seraient éventuellement proposés. Mais tout cela fait partie d'un projet d'ensemble et un groupe pilote va travailler pour valider ou invalider certaines de ces options en fonction des besoins. Là, c'est nous qui pourrions avoir la maîtrise d'œuvre… ·

  • Le cinquième et dernier bâtiment nommé FORMATION A DISTANCE est réservé à la formation tutorée à distance, c'est-à-dire à la formation dite accompagnée. C'est une zone très riche et qui porte de fortes potentialités pour l'avenir. A l'heure où je vous parle, nous menons nos premiers tests avec une plate-forme de formation qui nous est proposée par la société Format Finance, nom de code AUTOMEDIA (afficher une copie d'écran).

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Je pense que cette plate-forme est très intelligemment conçue et d'un aspect original, mais surtout, elle comporte déjà un vaste programme de formation incorporé dans son moteur. Plus de 75 heures de formation sont d'ores et déjà proposées sur ce test. Nous avons dans AUTOMEDIA cinquante modules d'une heure trente de formation disponibles, ce qui compte avant tout, me semble-t-il, même si le " look " paraît séduisant à certains ou inadapté à d'autres.

Nous sommes actuellement dans une période de test. AUTOMEDIA, la BRP et d'autres produits suivront cette période de test. Il nous faut concevoir des solutions multiples et partagées le cas échéant. Bien souvent les produits sont complémentaires. Là où il peut y avoir souci, c'est s'il y a chevauchement d'informations, dans ce cas il faut faire un choix. Le prix est aussi un élément important dans la décision. Les Banques qui partagent ce projet devront valider la suite des événements. Ce sera aux Banques, aux utilisateurs test, au groupe de travail Campus BP de valider la suite des opérations. Les tests sont faits pour ça !

L'avantage immédiatement perceptible dans ce genre de proposition c'est que ce travail est déjà réalisé en amont par le prestataire. Or, c'est un travail conséquent, fastidieux et nécessitant sans cesse une remise à jour au gré de l'actualité. Sans nul doute ce travail est terriblement consommateur de compétences et de ressources humaines tant réglementaires que pédagogiques, ergonomiques et informatiques. C'est pourquoi bien souvent les grands groupes bancaires préfèrent les solutions " embarquées "… le prêt à poser en quelque sorte. Dans ce type de solution, les deux grands challengers du moment restent donc AUTOMEDIA et BRP. L'avenir ouvrira sans doute la porte à de nombreux concurrents et les outsiders frappent déjà aux bonnes portes. Enfin la question du tutorat apparaît clairement au seuil de ce nouveau site dédié à la télé-formation. Nous commençons à nous faire une idée de ce qui nous attend : nouvelles compétences, nouveaux métiers, nouveaux services et évolution certaine des métiers de la formation à moyen terme.

En conclusion de cette présentation de la maquette Campus BP nous pouvons dire que :

  • ce qui fera la différence au final dans ces nouveaux modes de distribution, ce n'est pas tant l'outil mais le service proposé et la pédagogie proposée, ceci dans un ratio qualité/prix satisfaisant.

  • la capacité d'un prestataire, ou d'un service de formation, à intégrer des contenus nombreux, variés adaptés aux apprenants tout en respectant une progression véritablement pédagogique sera discriminante.

Mais pour le moment restons réalistes, la formation traditionnelle a encore de beaux jours devant elle, ce qui ne doit pas pour autant nous empêcher de préparer le terrain pour notre future université virtuelle. Rappelons aussi que bien d'autres organisations externes à notre Groupe travaillent dans ce sens, au service des métiers de la formation et des futurs E- Apprenants. En voici quelques-uns qui avancent sur cette voie :

Pour citer cet article :  Hauswirth Eric et Sève Bertrand (2001). "Le projet Campus Banque Populaire - Risques et apports de la FOAD".  Actes des Deuxièmes Rencontres Réseaux Humains / Réseaux Technologiques.  Poitiers,  24 juin 2000.  "Documents, Actes et Rapports pour l'Education", CNDP, p. 123-146.

En ligne : http://edel.univ-poitiers.fr/rhrt/document453.php (consulté le 23/05/2017)

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n° 2

  • Eric Hauswirth

    Responsable du projet Cybernef, Groupe Banques Populaires, Paris.

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  • Bertrand Sève

    Ressources humaines, Groupe Banques Populaires, Paris.

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